Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

Kassaman binnazilat ilmahiqat..." le plus noir des crimes est celui qui consiste à obscurcir la conscience politique et d’égarer tout un peuple" d'Emile ZOLA

Le nom de ce blog est sans doute évocateur de notre "nachid el watani" tant décrié par le passé parce que, associé au pouvoir Algérien illégitime. Après des décennies de disettes. Je voudrais faire de cet espace, un coin où tous mes compatriotes et autres amoureux de libertés, de démocratie, ou tout simplement d'histoire pourraient s'exprimer librement. En ce sens, nous vous souhaitons la bienvenue. En hommage à Nacer Hachiche, repose en paix et à bientôt ! Pour garder le contact avec notre chère patrie : http://www.alger-presse.com/index.php/presse-fr


Le secret de Chakib Khelil (partie 2), je te tiens et tu me tiens par Mohamed Benchicou

Publié par The Algerian Speaker sur 1 Décembre 2013, 19:34pm

Catégories : #TCHIPA (Corruption) - srika et tutti quanti

L'incroyable processus d'innocentement de Chakib Khelil qui se met en place n'est pas un simple acte de solidarité de clan ou un banal fait du prince. C'est, avant tout, un éclairage sur la transformation mafieuse de l’État algérien - ou ce qu'il faut appeler comme tel - et son articulation sur le modèle des États bananiers. En même temps, le fait constitue un précieux indicateur de l'obligation absolue qui s'impose au groupe présidentiel de remporter les prochaines présidentielles.

Ce phénomène corruption-impunité fait l'objet aujourd'hui des plus grandes campagnes militantes au sein des États bananiers d'Afrique.  Le professeur camerounais Moukoko Priso rappelle que " la corruption et l'impunité se nourrissent l'une de l'autre. Quand la corruption naît, elle ne peut se développer que si l'impunité s'installe. Et inversement, là où l'impunité existe et prospère, la corruption est un des fléaux qui vont naître et se développer inévitablement. De plus, le corrompu est et reste impuni, parce que cette situation protège celui qui aurait dû le punir : c'est le règne de la loi du silence maffieux. Tu me tiens et je te tiens ; nous nous tenons. L'impunité nourrit l'impunité, et tout cela nourrit la corruption sous des formes variées, laquelle nourrit en retour l'impunité. C'est le cercle vicieux."

C'est exactement à ce phénomène " Tu me tiens et je te tiens" que souscrit la "réhabilitation" en cours de Chakib Khelil. La question est : qui est Chakib Khelil dans ce pillage de Sonatrach. Un exécutant ? Un des commanditaires ou l'unique commanditaire-exécutant ?  Il était clair, pour tous, que le ministre n'avait agi que sous les "auspices" du chef de l’État et, du reste, le clan présidentiel avait réussi à « relativiser » l'affaire Sonatrach et a donné instruction aux magistrats algériens de la qualifier de simple délit relevant de la correctionnelle !

Autrement dit, selon les solides traditions mafieuses qui sont en cours depuis 1999, faire en sorte qu’elle soit « dégonflée » petit à petit. Mais l’intrusion de la justice milanaise a tout bouleversé. Pour la première fois, le sort d’une enquête sur un scandale algérien, ne dépendait pas de la justice algérienne mais d’une partie qui se joue sans les dirigeants algériens, sur laquelle ils n’ont aucune prise. Le régime s'était mis à craindre que le duo de procureurs italiens Fabio De Pasquale et Sergio Spadaro n’arrive jusqu'au sommet de l’État algérien. Et s’ils convoquaient Bouteflika lui-même ?

L’hypothèse n’était pas à écarter. Alors, au sein de l’État-crapule fuse le nouveau mot d’ordre : ne pas paraître à la traîne de la justice italienne et, surtout, sauver Bouteflika ! Sauver Bouteflika, y compris en sacrifiant Chekib Khelil et les acolytes. Pendant un moment, le clan présidentiel, soucieux de "sauver la tête du président" a été tenté d'opter pour cette dernière version "Chakib Khelil unique commanditaire-exécutant".  C'était rappelons-nous, le temps du discours de Sétif ("on a abusé de ma confiance" et " tab djnana"),  le temps où les légionnaires du groupe présidentiel, Benhachenou en tête, partaient en campagne mensongère, comme s'ils n'avaient pas assez menti : charger Khelil pour disculper Bouteflika ! "Le Président est mal entouré et mal conseillé, ayant plus de courtisans que de militants", disait l’ancien ministre des Finances, voulant signifier que Bouteflika est étranger à toutes les rapines qui ont été commises en son nom. Le mandat d'arrêt lancé contre Chakib Khelil s'inscrivait dans cette phase.

Mais le clan présidentiel a tout de suite été confronté aux risques d'une pareille stratégie : charger Chakib Khelil et lui seul pouvait entraîner une riposte en cascade, incontrôlable, de la part de ceux qui s'estimeraient "lâchés".  Mohamed Meziane, ex-président-directeur général de Sonatrach, avait déjà fait savoir qu'il ne "tomberait pas seul". Aux enquêteurs, il avait affirmé : « Je ne suis rien à côté de Chakib Khelil, à qui je ne pouvais rien refuser : il jouissait de la protection du n° 1 (...) Je n’ai fait qu’exécuter les ordres de Chakib Khelil. » Diverses sources avaient laissé entendre que le ministre n'hésiterait pas à " tout déballer" s'il était lâché. Nous sommes bien dans la configuration du professeur camerounais Moukoko Priso : " Tu me tiens et je te tiens".

L'ancien ministre ne risque probablement plus rien, parce que le corrompu doit rester impuni, afin que l'affaire ne remonte pas à celui qui aurait dû le punir : c'est le règne de la loi du silence maffieux. Tu me tiens et je te tiens (lire nos deux précédentes  chroniques).

Dans l'affaire, on a ainsi fait en sorte que Mohamed Meziane, l'ex-président-directeur général de Sonatrach, ne soit toujours pas jugé, de crainte qu'il ne balance devant le juge des révélations compromettantes sur Chakib Khelil et que ce dernier, poussé dans ses derniers retranchements, se retourne contre le chef de l'État. La présidence de la République a fait en sorte, en sous-main, que le dossier d'instruction de Monsieur Meziane ne contienne pas trop d'éléments à charge, et qu'il soit bouclé dans les conditions des plus favorables, avant d'être déposé auprès de la chambre d'accusation du tribunal de Sidi M'Hamed. L'administration de Bouteflika a fait aussi en sorte que la procédure s'éternise, en faisant traîner la demande complémentaire sur les biens immobiliers de l'ancien directeur général de Sonatrach, en reportant jour après jour le rapport détaillé que devait rédiger le nouveau président-directeur général Abdelhamid Zerguine sur l'évaluation du préjudice subi par la compagnie pétrolière  (paramètre déterminant dans l'affaire),  en évitant de fixer la date du procès...

L'entourage du Président avait surtout pris le soin de déférer devant une cour correctionnelle plutôt que criminelle, d'ordonner au parquet d'Alger le refus d'accéder à la demande de ses avocats de faire témoigner Chakib Khelil, l'ancien ministre de l'Énergie. Et c'est ainsi que, insidieusement, le scandale Sonatrach s'était réduit aux seuls petits contrats, avec un seul coupable « mineur » : Mohamed Meziane qui, après dix-huit mois d’une instruction à rebondissements, le juge a procédé à une requalification des faits reprochés à l’ancien patron du groupe pétrolier algérien Sonatrach, Mohamed Meziane. Qui n’est plus passible des assises.

Pourtant, en janvier 2010, les investigations portaient sur quelques dizaines de millions de dollars de contrats signés dans des conditions jugées douteuses. Mais l'administration Bouteflikienne  avait «  limé » l'affaire. Après dix-huit mois d’une instruction à rebondissements au cours de laquelle le magistrat instructeur a refusé la demande de la défense d’auditionner le ministre de tutelle, Chakib Khelil, qui a perdu quelques mois plus tard le portefeuille dont il avait la charge depuis une décennie, le juge a procédé, le 12 septembre 2012, à une requalification des faits. Les chefs de corruption aggravée, de blanchiment d’argent et d’association de malfaiteurs n’ont pu être établis. Les prévenus ne sont donc plus passibles de la cour d’assises mais d’une simple juridiction correctionnelle.

C'est cela, la magie judiciaire algérienne !
 

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